La guérison

Je me demande souvent si un jour je serai correcte, si un jour ça va aller mieux. C'est difficile d'y croire.

Au CALACS, j'entends souvent les femmes dire : "Le processus est aussi important que le résultat" en m’expliquant que c'est un principe féministe. Ça me fait du bien de penser à cette phrase. Ça me permet de m'accueillir dans le temps que ça me prend pour avancer sur le chemin de ma guérison. Parfois, je me compare aux autres femmes. Il me semble qu'il y a des  femmes qui ont vécu des agressions beaucoup plus graves! Je me trouve niaiseuse de me sentir incapable de réussir ce que j'entreprends - que ce soit dans mes études, dans mon travail, à la maison ou dans mes relations.

J'aimerais tellement que ça aille plus vite! Chaque jour j'apprends un peu plus sur moi. Après chaque rencontre au CALACS, je comprends un peu mieux pourquoi l'agression sexuelle que j'ai subie m'affecte encore aujourd'hui, après de nombreuses années...

Tranquillement, je saisis que je ne suis pas la seule à le vivre comme ça. D'autres femmes me partagent qu'elles aussi peuvent vivre des émotions semblables de colère, de honte, de culpabilité, de tristesse, de désespoir, de fatigue, de dégoût...

Finalement, je réalise que je ne suis pas folle - même si par moment j'ai l'impression de perdre la tête! Quand je prends le temps de m'y arrêter, je vois de plus en plus le chemin que j'ai fait. Je ne suis pas à la même place qu'au tout début. J'avance à mon rythme. Ça me donne confiance que je vais y arriver. Je vais arriver à créer la vie que je veux pour moi. Je commence à croire en mon pouvoir. Je commence à le sentir à l'intérieur de moi. J'y prends goût. Je sais que j’ai le droit au bonheur et que peu importe la forme d’agression sexuelle qu’on a vécue, c’est un crime! Je ne me dis plus une victime, je suis une survivante et bientôt une vivante!