Les impacts

Les agressions à caractère sexuel causent un traumatisme et des effets très dommageables qui se poursuivent, pour la majorité des personnes, bien au-delà de l’expérience elle-même. Que l’agression sexuelle soit récente ou qu’elle se soit produite il y a quelques années, chaque survivante vivra son processus de guérison différemment. Les répercussions peuvent surgir soudainement durant les abus ou après l’évènement.  Elles peuvent aussi apparaître de façon plus sporadique ou chronique à partir d’un moment ou d’un souvenir. On reconnait certains facteurs de vulnérabilité qui peuvent amplifier les impacts tel que : l’âge; le lien avec l’agresseur; la fréquence et/ou la durée de l’agression ; l’intensité de la violence ou la torture physique, émotionnelle et/ou existentielle utilisée lors des agressions ; le soutien lors du dévoilement ; les ressources disponibles. La discrimination selon l’orientation sexuelle, la culture, la limitation physique et intellectuelle, les problèmes de santé, la pauvreté, sont tous des facteurs qui ajoutent à la vulnérabilité des survivantes d’agression à caractère sexuel.  Au CALACS, nous reconnaissons que toutes les femmes sont exploitées sexuellement dans notre société, les conditionnant à intégrer des comportements d’impuissance et vont organiser leur vie en conséquence, par peur d’être agressée sexuellement.

Les impacts physiques et mentaux

  • Perte d’appétit
  • Anorexie/boulimie
  • Traumatismes génitaux-urinaires
  • Dépression
  • Migraines
  • Épuisement général
  • Sommeil irrégulier / insomnie
  • Cauchemars
  • Crises de panique / anxiété
  • Problèmes de concentration
  • Tentative de suicide
  • Amnésie partielle ou totale
  • Flash-backs
  • Dissociation / personnalités multiples
  • Problème de santé mentale
  • Comportements auto-destructeurs (automutilation)

Perception de soi (physique/psychologique)

  • Image de soi négative
  • Absence ou perte d’identité
  • On ne sait pas qui l’on est
  • Peu de connaissances sur ses forces et ressources
  • Grand besoin de contrôler les autres
  • Perte de son pouvoir personnel
  • Inconfort face à son image physique
  • Sentiment d’inconfort, perte de contrôle de son corps

Social

  • Isolement
  • Difficultés avec l’école, l’emploi ou l’éducation / employabilité
  • Victimisation
  • Sous-performance ou surperforme
  • Sensibilité aux préjugés sociaux
  • Grands écarts au niveau de son fonctionnement

Sexualité

  • Évitement total / promiscuité
  • Hypersexualisation 
  • Difficulté de distinguer l’affection et la sexualité
  • Difficulté d’éprouver du plaisir
  • Besoin de grand contrôle pendant les relations
  • Toucher : incapacité d’être touchée, connotation sexuel automatique, le toucher même la proximité est vécue comme une intrusion personnelle.

Relations interpersonnelles

  • Se sent contrôlée par les autres lorsque ce n’est pas une réalité
  • Difficulté à être consciente de ses besoins /  prendre soin de soi 
  • Sentiment de culpabilité lorsqu’on dit non ou lorsqu’on pense à soi

 

Répétition du «patern» de victimisation: avec partenaire; amitiés; milieu du travail; de la part de la survivante envers les gens autour d’elle ou de leurs enfants. 

  • Difficulté à faire confiance à soi ou aux autres.
  • Intimité pas permise
  • Difficulté de s’affirmer

Sentiments vécus par la victime

  • Se blâmer, se responsabiliser
  • Abandon / rejet
  • Peur, colère, agressivité, rage, mépris, dégoût

  • Honte, culpabilité
  • Tristesse, désespoir, vide intérieur
  • Confusion des sentiments
  • Solitude, impuissance
  • Impression d’être folle
  • Méfiance
  • Spiritualité remise en question
  • Peur du noir ou d’être seule

Les flash-backs

  • Les mémoires ou les retours en arrière sont des souvenirs d’anciens traumatismes qui reviennent sans que l’on ne s’y attend. Elles peuvent se présenter sous formes d’images, de bruits, d’odeurs, de sensations corporelles, d’engourdissements, d’émotions ou d’absences d’émotions.
  • Il est possible qu’une personne ayant été agressée sexuellement n’ait aucun souvenir visuel ou auditif actuel. On peut vivre de la panique, se sentir coincée, se sentir impuissante et pourtant, aucun souvenir accompagne ces sentiments. Ces expériences peuvent aussi se produire durant les rêves. C’est normal de se sentir bouleversée, de ne pas comprendre ce qui nous arrive, au point de se demander si nous sommes en train de devenir folle. Les flash-back sont en fait un signe de guérison, un signe que notre corps est maintenant capable de se rappeler des souvenirs douloureux.
  • Comme survivantes, nous avons eu à nous protéger des horreurs physiques et émotives des agressions Pour survivre, nous avons bloqué le traumatisme, car l’intensité du traumatisme était insupportable à vivre. C’est un peu comme si l’événement avait été placé dans un album photos dans un coffre, avec toutes les images et les sens qui s’y rattachent et qu’à un moment où on ne s’y attend pas, on reçoit des parties de cet album traumatisant. En fait, les flash-back surviennent ainsi car  la survivante est maintenant en sécurité pour reprendre les photos de l’événement et s’approprier cette partie éprouvante de son vécu.
  • Lorsque ce traumatisme surgit, il est fort possible que l’on revit le passé, comme si ça se passait aujourd’hui. Au cours d’une mémoire, c’est comme si nous oublions que nous sommes en sécurité maintenant et que nous perdons ce qui nous assure une protection et des repères. Les émotions intenses et les sensations corporelles vécues sont extrêmement épeurantes car les sentiments et les sensations ne sont pas reliés à la réalité présente, un peu comme si elles surgissaient de nulle part.
  • Nous commençons à penser que nous devenons folles et nous pouvons également avoir peur de partager ces expériences (même à notre intervenante et notre entourage). Nous nous organisons pour fuir les situations et les stimulis qui pourraient déclencher les émotions ou les sensations. Souvent, les mémoires peuvent arriver avec une personne aux caractéristiques similaires à l’abuseur. Le déclencheur, c’est-à-dire ce qui amènera les mémoires, peut être n’importe quoi : une odeur, un film, un évènement, une caractéristique d’une autre personne, une émotion, etc.
  • Il est important de se rappeler que lorsque nous vivons un « Flash-back », nous ne sommes pas en danger même si nous avons l’impression de l’être.

Quelques pistes qui pourraient vous aider

  • Rappelez-vous que c’est un souvenir et que le pire est passé.
  • Vous pouvez pratiquer la respiration pour reprendre le contrôle afin de vous ancrer dans le présent.
  • Pour vous aider à prendre connaissance de ce qui vous entoure, c’est-à-dire les formes, les couleurs, les odeurs, les personnes; écoutez les bruits dans la pièce; prenez conscience de votre respiration; essayez de ressentir votre corps consciemment ou ce qui y touche: vos mains, votre visage, vos bras et vos jambes, vos vêtements, la chaise sur laquelle elle vous êtes assise, etc.; Vous pouvez bouger ou poser un geste quelconque, par exemple, taper des pieds, aller chercher un verre d’eau, etc.
  • Vous pouvez en parler, vous n’êtes plus seule. Le CALACS est là pour vous. Nous pouvons vous aider à établir un plan de sécurité et des moyens pour établir des frontières.  Vous pouvez aussi contacter la ligne Fem’Aide.
  • Les survivantes ont développé des forces et il est important d’honorer qui vous êtes. Cela prend énormément de courage et de force pour avoir survécu aux agressions.
  • Le fait de s’informer et de consulter les ressources existantes est en soi un pas vers la guérison ; vous pouvez en être fières.